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star trek - Page 2

  • Star Trek : Insurrection (1998)

    Un film de Jonathan Frakes


    8047784358_cc5e47bae6_m.jpgGalvanisé par la réussite artistique et commerciale de Premier contact, Rick Berman propose à Jonathan Frakes de réaliser un nouveau Star Trek, qui porte à neuf les adaptations cinématographiques des séries TOS et TNG.  Dans celui-ci, la Fédération colonise de nouveaux espaces, implantant des populations sur de nouvelles planètes, et découvre le secret d'un petit groupe, les Ba'ku : leur planète leur permet de rester jeunes à tout jamais. Afin de pouvoir exploiter cette fontaine de jouvence, ils doivent être déportés afin d'en faire profiter le plus grand nombre. Leurs ennemis jurés, les Son'a, sont à la manœuvre, avec l'appui de la Fédération qu'ils maintiennent dans l'ignorance de leur motivation réelle. Les So'na ont également une longévité importante, mais uniquement grâce à de fréquentes interventions chirurgicales -qui rappellent la torture de Ida Lowry dans Brazil (Terry Gilliam, 1985). La recherche de la mystérieuse alchimie produite sur la terre des Ba'ku les rapproche du personnage de Soran dans Star Trek : Générations, lui aussi obsédé par la quête de l'immortalité.

    Comme souvent, Trek se veut une parabole sur le monde contemporain : ainsi, Terre Inconnue faisait explicitement référence à la catastrophe de Tchernobyl. Ici, la stratégie de génocide voulue par les Son'a rappelle les heures douloureuses de la tragédie du Rwanda en 1994, lorsque le gouvernement rwandais, composé de Hutus, décida de réduire à néant la population Tutsis. La consonnance même des noms des peuples dans Insurrection ne laisse pas de doute sur la transposition des événements. Dans la fiction, le commandant Picard n'hésite pas à défier l'autorité : ainsi, lui et son équipage iront protéger la population Ba'ku contre les directives de la Fédération, en signe de véritable rébellion, pour participer à l'Insurrection du titre. Il faut dire que l'équipage a eu la chance de découvrir la qualité de vie des Ba'ku, qui ne souffre d'aucune contre-partie dérangeante, comme c'est souvent le cas dans les mythologies de science-fiction. Effectivement, la découverte du lieu de vie des Ba'ku peut faire penser dans un premier temps à Justice, épisode issu de la saison 1 de Star Trek : The Next Generation ; la découverte d'un véritable jardin d'éden -à l'allure assez torride pour une production tv de l'époque- où la valeur ultime est le plaisir cache en réalité un pénible secret : des mises à mort régulières décidées pour protéger leur environnement. Un bien bel environnement figuré par le cadre idyllique du lac Convict, dans le Sierra Nevada, qui inonde l'écran de son bleu azuré : une certaine idée du paradis.

    Si la terre des Ba'ku est un reflet du Paradis chrétien, Picard se pose en Sauveur et guide le peuple à la façon de l'exode biblique. Un récit fort en symbole donc, qui ne s'empêche pas pour autant des notes d'humour à répétitions. Et, si certaines sont réussies (la tresse de cérémonie de Picard au début, ou l'esquisse d'un pas de mambo par le même Picard, rajeuni par la force régénératrice de la planète-, d'autres tirent en longueur, à l'image d'une chanson poussée par Data, ou ses enfantillages sur la planète Ba'ku.

    Si la thématique est claire et louable, sa mise en forme pêche un peu dans cet opus : des détours scénaristiques sont tirés par les cheveux (le So'na se rallie un peu vite à la cause défendue par Picard, et la façon d'arrêter le méchant Ru'afo - F. Murray Abraham - s’embarrasse de trop de prétextes techniques, le fameux "tech talk" dénoncé par Ronald D. Moore dans les commentaires audio de Générations et Premier Contact). Pour autant, il restera deux excellentes utilisations d'artefacts science-fictionnelle dans ce film : l'un, le Holodeck, qui permet de créer un environnement virtuel à bord de l'Enterprise, apporte un excellent coup de théâtre dans le dernier acte, bien mieux senti ici que dans le pourtant excellent Premier contact. Dans une moindre mesure, le concept des pistolets télétransporteurs, qui met à mal l'échappatoire des Ba'ku, est aussi une trouvaille qui renouvelle l'imaginaire de la saga. Les effets spéciaux sont par ailleurs omniprésents dans le film, Insurrection étant le premier Star Trek à n'utiliser que des effets intégralement en images de synthèse. Elles proviennent en partie du studio Blue Sky, connu aujourd'hui pour ses films d'animation, comme L'âge de glace (Chris Wedge & Carlos Saldanha, 2002).

    Finalement, Insurrection n'est pas un si mauvais Star Trek, mais pâtit d'un manque de cohérence générale, réactivant la malédiction des chiffres impairs dans la saga, les opus 3, 5 et 7 étant les plus faibles -mais avantage inégalable au V : l'Ultime frontière, nanar effectivement ultime issue de la mythologie Star Trek.

  • Star Trek : Premier contact (1996)

    Un film de Jonathan Frakes

    7859578744_c09a56879c_m.jpgPeu de temps après le succès public de Generations, le producteur Rick Berman confie à nouveau le scénario du prochain Star Trek au duo Moore-Braga, en même temps qu'il laisse les rênes de la réalisation à Jonathan Frakes, acteur-réalisateur sur la série Next Generation. Bonne pioche : Premier contact est la plus grande réussite des film "Next Generation", en même temps qu'un des rares Star Trek à pouvoir rivaliser avec les meilleurs films de science-fiction de la décennie 90.

    L'introduction du film cueille littéralement le spectateur, sa séquence générique habitée par la superbe musique de Jerry Goldsmith, qui signe ici rien de moins que la meilleure mélodie de toute la saga, tout en réinterprétant dans les premières notes son thème historique. La partition du cor, qui s'octroie la mélodie principale, offre une émotion palpable ; moins flamboyante que le thème connu d'Alexander Courage, plus sombre et mélancolique, elle évoque la chaleur des retrouvailles avec un équipage non dénué d'humour (notes fortes, héroïques), tout en ouvrant sur l'inconnu de l'exploration spatiale (les notes lointaines, comme un écho, semblant se perdre dans l'immensité) ; à ce titre, on peut sans mal dresser une filiation entre ce magnifique score et certaines mélodies d'Howard Shore pour Le Seigneur des Anneaux, composées quelques années plus tard. Premier choc.

    Puis, le film débute avec un très gros plan sur l’œil du Capitaine Picard, filant en travelling arrière, faisant peu à peu découvrir un amas de constructions métalliques, une sorte de ruche dans laquelle des formes apparemment humaines sont ordonnées, rangées... préfigurant là encore un grand film de SF à venir, Matrix et ses champs à cultiver les humains. La force visuelle du plan, associée au contraste saisissant entre celui-ci et la lenteur bienfaisante du générique, présente à merveille la menace du film : les Borgs, sorte de zombies cybernétiques dotés d'une conscience collective. Ce plan, puis les suivants, établissent également la connexion très spéciale qui existe entre les Borgs et Picard, ce dernier ayant été assimilé au collectif Borg dans un épisode lointain de la série. La séquence prend la forme d'un rêve emboîté, ressort qui fonctionne toujours très bien (on se rappellera avec bonheur et frayeur la dernière scène du Prince des Ténèbres de John Carpenter, qui utilisait ce procédé).

    Berman, le producteur, voulait avoir un voyage dans le temps ; les scénaristes, eux, apportèrent l'idée de la menace Borg, la force négative la plus réussie de la série. De ces deux idées-forces proviennent tout ce qui fait de Premier contact, non seulement un excellent Star Trek, mais encore plus, un très bon film de SF, le spectateur totalement novice en histoire et généalogie Trek pouvant apprécier le film pratiquement de la même façon.

    Les Borgs sont visuellement très photogéniques, dans la voie de l'esthétique de horreur : arnachés d'armures bio-mécaniques, leurs visages recomposés en fait des monstres de Frankenstein tout à fait convaincants. Dans un trip très Aliens, l'apparition de la reine Borg est éclatante, l'actrice Alice Krige jouant à merveille d'une ambiguïté sexuelle dont Data (excellent Brent Spiner !) va faire les frais. Le "supplice de la peau humaine" est une idée fantastique dans un monde imprégné de techno-robotique, et où même le capitaine Picard peut apparaître comme insensible. 

    Le voyage dans le temps permet cette fois une véritable prouesse : remonter aux origines même du monde inventé par Gene Roddenberry, et être témoin de son éclosion. Le premier contact est en effet le moment historique où des êtres extra-terrestres s'intéressent pour la première fois à la planète Terre, rencontrant leurs occupants ; ainsi débutera une ère de coopération pacifique et d'exploration spatiale.

    Faire intervenir des personnages humains du passé permet en outre de donner au film une tonalité comique bien plus réussie que la dernière tentative en date dans l'univers Star Trek (Star Trek IV - Retour sur Terre, avec Spock et son bandana de karatéka). Le personnage de Lily, notamment, nous permet une identification totale, elle qui est amenée à bord de l'Enterprise, et qui découvre un monde futuriste aux préoccupations bien différente (au XXIVème siècle, l'argent n'existe pas, des vaisseaux volent de planètes en planètes et les pistolets laser remplacent les armes plus conventionnelles). Son échange avec Picard, près de la fenêtre donnant sur l'espace et la Terre, est une merveille d'éblouissement. Le personnage de Zefram Cochrane, inventeur historique de la distorsion -technique qui permet à un vaisseau de se déplacer plus vite que la lumière-, est interprétée par un James Cromwell déchaîné ; c'est un soûlard qui se dandine en écoutant du Roy Orbison. De plus, Jonathan Cochrane instillait une atmosphère très détendue qui transparait clairement à l'écran, surtout lors des séquences sur Terre, où Frakes a toujours l'air à deux doigts du fou-rire. Seule la scène de l'holodeck, incluant Picard et Lily dans le monde des gangster, ne trouve pas vraiment sa place dans un ensemble autrement fort bien écrit, réactivant les idéaux transmis par Roddenberry depuis les années 60.

    A tous les niveaux où on pouvait l'attendre, ce Premier contact est réussi ; à l'époque plus gros succès de la franchise, il réconcilie enfin les fans de Star Trek et les novices amateurs de science-fiction.

    En bonus, le fabuleux morceau d'ouverture de Jerry Goldsmith : 

  • Star Trek : Générations (1994)

    Un film de David Carson

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    Les scénaristes Ronald D. Moore et Brannon Braga ont eu fort à faire en se chargeant du scénario de ce septième épisode cinématographique de la franchise Star Trek. L'objectif : faire se rencontrer les capitaines des deux vaisseaux Enterprise, l'historique James T. Kirk (Star Trek : la série originale, 1966-1969) et le capitaine Picard (Star Trek : The Next Generation -TNG-, 1987-1994), stars des deux séries créées à 30 ans d'intervalle par Gene Roddenberry, et ainsi mettre un point final à la carrière de Kirk. Alors que Kirk et son équipe d'irréductibles ont fait partie des six premiers films cinéma de 1979 à 1991, il s'agit du premier avec l'équipage de TNG. A l'époque, Star Trek connaît un pic de popularité sans précédent : TNG connaît un si grand succès que d'autres séries verront le jour dans son sillage : Deep Space Nine en 1993, puis Star Trek : Voyager en 1995. Lors de la sortie du film, accompagnée par un battage médiatique sans précédent pour la franchise, William Shatner (Kirk) et Patrick Stewart (Picard) posent ensemble pour la une du Time : c'est historique. Ronald Battlestar Galactica D. Moore et Brannon Braga sont déjà scénaristes depuis plusieurs années sur la série TNG quand ils se voient confier leur périlleuse mission, qui constitue donc leur première incursion sur un film cinéma. Les difficultés subsidiaires du projet sont également de présenter au public non averti de nouveaux personnages, sans pour autant ennuyer les fans qui les connaissent par cœur. 

    Dans l'univers Star Trek, la série originale et TNG sont distantes de 78 ans. Toute la question tourne autour de l'astuce à employer pour réunir les deux personnages centraux. Le voyage dans le temps, utilisé à de nombreuses reprises, ne sera pas privilégié, au profit d'une invention un brin compliquée qui, si elle constitue le centre du film, en est également sa principale faiblesse. 

    L'axe principal du film, rassemblant deux générations de capitaines (et de fans, donc), est le temps. Si le film commence au temps de Kirk vieillissant, visitant pour la première fois un vaisseau Enterprise dont il ne sera pas capitaine (amusants dialogues entre Kirk, Scottie et Chekov). On y voit Kirk se sacrifier alors que le vaisseau est absorbé par un phénomène spatial, puis l'on passe rapidement "78 ans après" où l'Enterprise devient ... un bateau datant de l'ère de la piraterie, costume d'époque compris. Jouant de l'analogie entre l'esprit naval (très présent sur les films, moins sur la série originale), les scénaristes imaginent une sortie de l'équipage de Picard dans le Holodeck, cette salle du vaisseau Enterprise qui peut recréer à loisir n'importe quel environnement. Cette séquence permet de tracer une chronologie de l'Enterprise, plusieurs vaisseaux portant le même nom au fil du temps, constituant un lien indéfectible entre les époques. La contradiction entre aspect futuriste et artefacts anciens donne tout son sel à la séquence, et dévoile également une des constantes du film : être là où on ne l'attend pas.

    Le temps, c'est également l'obsession du méchant du jour, Soran (Michael McDowell, excellent comme toujours) ; il recherche l'immortalité après avoir goûté aux délices du Nexus, cet endroit en dehors du temps où l'on ne vieillit pas. Chacun y recrée par la pensée son univers idéal, ce qui donne une séquence totalement décalée sur le capitaine Picard, débordante de mièvrerie. Celle sur Kirk est encore moins réussie, Picard le découvrant coupant du bois et faisant la cuisine... Si le Nexus ressemble fort à une vision du Paradis chrétien, il est également inutilement embrouillé dans sa représentation cinématographique car on doit y aller (première gageure) et pouvoir en revenir (alors là...), alors même que l'espace n'y a, pas plus que le temps, aucune importance : la seule pensée nous déplace dans le temps et dans l'espace. Les deux scénaristes, dans leurs commentaires audio des années après la sortie du film, en conviennent facilement : ils n'ont pas pris le meilleur parti du concept de base.

    Pas évident donc, de s'y retrouver, même si des bonnes surprises surnagent : un humour bienvenu, notamment grâce à l'excellent personnage de Data (Brent Spinner), équivalent de Spock dans la nouvelle série, puis aux collègues de Kirk au début du film, qui tranchent avec la droiture de Picard. Le temps, l'espace, la mort, la fin de Kirk... Trop d'éléments à digérer pour un seul film, qui s'égare dans des séquences voulue tellement "originales" qu'elles sont incongrues. La mort de Kirk est ainsi traitée en mode mineur, malgré un reshoot d'envergure (il devait succomber d'un coup de feu de pisto-laser dans le dos, asséné par Soran!). Bref, trop d'enjeux ont tué ce Générations, qui devait pourtant redonner un nouveau souffle à la saga, en abandonnant d'ailleurs la numérotation des précédents films. Malgré les bonnes scènes du crash ou encore de la carte stellaire, un résultat bien moyen. Anecdote parlante de la bouche des scnéaristes : travaillant au même moment sur le scénario du double-épisode final de TNG, All Good Things, ils trouvent ce dernier... bien meilleur !

  • Star Trek VI : Terre inconnue (1991)

    Un film de Nicholas Meyer

    7643149614_9f48f498c9_m.jpgAprès le désolant cinquième épisode (L'ultime frontière), Paramount décide de mettre en chantier le dernier film incluant le casting original de la série télé : Shatner / Kirk, Nimoy / Spock, Kelley / McCoy, ... Il est clair que terminer sur le souvenir embarrassant (litote) du film réalisé par Shatner aurait été une erreur. Le retour de Meyer à la réalisation est également une nouvelle appréciable, tant sont deuxième épisode (La colère de Khan) et son très bon C'était demain (Time after time, 1979) sont réussis. Meyer, Nimoy et le scénariste Denny Martin Flinn élaborent un scénario riche et intrinsèquement lié à son époque : la scène inaugurale, montrant l'explosion d'une planète, suivie d'un onde de choc aux proportions atomiques, fait écho à l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. Les répercussions de cette explosion dans le film (privés d'une grande partie de leur ressource énergétique, les Klingons, éternels ennemis de la Fédération, demandent de l'aide et la suppression de la zone neutre -leur mur de Berlin, tombé quelques mois plus tôt dans la vie réelle) sont clairement une transposition des préoccupations contemporaines de la société.

    Le capitaine Kirk, hanté par le meurtre de son fils par les Klingons (voir l'épisode III, A la recherche de Spock, 1984), est submergé de ressentiment, et, alors même qu'il est tout entier contre la pacification des relations Fédération / Klingons, va en être le messager. Les antagonismes entre civilisations, le racisme exprimé, les incompréhensions, sont évoqués frontalement, en même temps qu'un effort de pacification cher à la mission première des équipages de Starfleet. Le comportement des hommes de Kirk, et parfois de Kirk lui-même dans la première partie ("Qu'ils meurent !") sont néanmoins exagérés, pas très cohérents par rapport à la psyché de leur personnage, créés uniquement dans le but de dessiner une trajectoire d'apaisement et enfin, de réconciliation avec leur némésis ultime. Sur l'équipage, qui voit s'étendre le voile de la vieillesse, se pose la question de leur rôle, leur utilité au sein de Starfleet une fois "mis à la retraite", comme le glisse Kirk à Bones au début du film. Et, clairement, la question fonctionne dans la fiction comme dans la réalité.

    Certains passages sont vraiment marquants ; j'en retiens un tout particulièrement : l'attaque de deux individus masqués sur le vaisseau Klingon, alors en état d'apesanteur. La lenteur des corps qui flottent légèrement dans le vaisseau, soutenus par une musique symphoniques aux accents lourds et menaçants, donne un prégnant sentiment d'étrangeté. Les deux mercenaires éliminant tous les individus qu'ils croisent, marchent lentement, sans bruit aucun, autour des bulles de sang Klingon qu'ils ont eux-mêmes provoqués. La séquence, soldée par la mort du Chancelier diplomate Gorkon (ainsi nommé pour rappeler Gorbatchev, et arborant la barbe de Lincoln), réunit de remarquables qualités cinématographiques, là où montage, effets, musique, échelle de plan, servent le contenu : une intrusion implacable de deux tueurs.

    La richesse narrative du film, passant d'une attaque surprise sur le vaisseau Klingon, à une évasion glaciales des mines de Rura Penthe, sans oublier un dîner pour le moins tendu entre l'équipage de l'USS Enterprise et leurs anciens ennemis, offre une variété bienvenue dans l'univers codifié de Star Trek. La profondeur des thèmes évoqués sied  tout à fait à la science-fiction humaniste telle que mise en place par son créateur Gene Roddenberry, auquel le film est dédié. La terre inconnue, c'est cet espace-temps qui s'ouvre devant les personnages, un avenir sans conflit ; enfin du moins, c'était l'objectif...

  • Star Trek : le film (1979)

    Un film de Robert Wise

    6871766984_8f371c4a1b_n.jpgL'histoire de la naissance cinématographique du film, tirée de la série de science-fiction humaniste de Gene Roddenberry, est sans nulle doute plus passionnante que le film qui en a résulté. Souhaitant porter la mythologie Star Trek à l'écran dès le milieu des années 70, Paramount mise d'abord sur un projet de long-métrage, Star Trek : Planet of the Titans, dans lequel l'équipage du vaisseau Enterprise était opposés à leur ennemis classiques, les Klingons, autour d'un peuple antédiluvien, point d'origine de tous les autres, les Titans. Au détour d'un voyage dans le temps, l'équipage de Kirk se retrouvaient à incarner ces fameux Titans. Envisagé jusqu'au alentours de 1977 puis annulé, le projet laisse la place à une nouvelle série télé, baptisée Star Trek  : Phase II, qui ira beaucoup plus loin dans sa phase de pré-production, le casting, scénarios et les storyboards ayant été produits (quelques-uns de ces derniers ont été utilisés dans la série Star Trek : The Next Generation). Quatre semaines avant le début de la production, la série est elle aussi annulée, mais le succès de Star Wars au cinéma ne peut laisser les exécutifs de Paramount insensibles. Un des scénarios écrits pour la série mort-née fut donc l'idée de départ de ce Star Trek : le film, qui est le seul de la série cinématographique à avoir été envisagé en indépendant, sans fin vraiment ouverte pour la suite des aventures. Intituler le métrage Star Trek : le film, fait d'ailleurs augurer d'un dernier baroud d'honneur, la conclusion de la série sur grand écran. Qui aurait pu imaginer que presque 50 ans après la série, un nouveau film serait encore en préparation ? 

    Les débuts atypiques du film se retrouvent par bribes dans ce que l'on connaît aujourd'hui comme le premier opus d'une longue saga. Le capitaine Decker (Stephen Collins, qui officiera de longues années en tant que pater familias dans l'inénarrable série 7 à la maison) commande L'Enterprise ; enfin, avant l'apparition de William Shatner, qui tient dur comme fer à redevenir le capitaine de son vaisseau. Leonard Nimoy (Spock) ne devant pas réapparaître dans la série, a du se faire prier pour le film et figure en bonne place, d'abord dans une belle séquence sur Vulcain. Ce n'est que plus tard, profondément changé (reconnaissant sa part d'humain), qu'il embarquera à bord de l'Enterprise, dégageant du même coup le pauvre Decker, déjà rétrogradé du rand de Commandant à officier scientifique. Star Trek, comme toute saga, se doit d'avoir à chaque opus sa Trek Girl ; il s'agit ici de la regrettée Persis Khambatta, très bien dans son rôle d'alien au physique renversant.

    Le film entend tisser des liens étroits avec la série-mère ; plus que la continuité de la mythologie, Star Trek : le film va jusqu'à reprendre de façon éhontée le script d'un épisode de la saison 2, Le Korrigan (The Changeling). Nomad, une intelligence artificielle y attaque l'Enterprise, et dit vouloir "rencontrer son créateur", tout en analysant toutes les "unités carbones" (comprendre les êtres humains) du vaisseau. Pour le film, la menace est amplifiée, l'entité mesurant plusieurs unités astronomiques (la distance Terre-soleil) et concerne la Terre entière, mais une majeure partie des éléments est commune. Pour asseoir sa puissance, l'entité s'offre en ouverture un vaisseau romulien, grands méchants classiques. Et, même si ce n'est précisé dans le film (mais ça l'est dans le scénario), Decker n'est autre que le fils de Matt Decker, commandant malheureux dans La machine infernale, épisode 6 de la saison 2 de la série originale.

    Choisir Robert Wise (Le jour où la Terre s'arrêta, La maison du diable, etc.), réalisateur versatile dans la tradition hollywoodienne, ainsi que Douglas Trumlbull (2001, l’odyssée de l'espace) pour les effets spéciaux (après que John Star Wars Dykstra et sa société Apogée ait été remerciés) est important pour comprendre que le film devient, sous son égide, un trip métaphysique sur l'origine du monde qui pourrait en déconcerter plus d'un, notamment par sa propension à la lenteur. D'un côté, Trumbull réalise de splendides trucages optiques, épaulés par la musique orchestrale de Jerry Goldsmith, qui donne un réel sens du spectacle aux aventures spatiales du groupe. De l'autre, Wise organise son film de manière à privilégier non pas l'action, mais de larges plages de déambulations spatiales, dont on peut être agacé. En effet, entre la découverte d'un Enterprise new-look et une promenade dans les entrailles de "l'autre", entité qui se nomme elle-même V'Ger, on aura déjà passé 45 minutes ! On aurait pu être alerté par Le mystère Andromède (1971), film paranoïaque d'espionnage sur fond de SF, où Wise et Trumbull coopérait déjà pour un résultat d'une lenteur presque surhumaine. Le reste n'apparaît pas d'importance notable, si ce n'est l'obsession de Kirk pour l'Enterprise, qui veut le faire décoller dans la minute alors qu'aucun test tehnique n'a confirmé la fiabilité du vaisseau, et qui vire Decker sans ménagement.

    On retiendra pour note finale une certaine incompréhension quant à avoir repri une trame existante bien connue des passionnés, ceux pour qui le film était a priori dédié. Plus encore que cela, tout le mystère du film repose sur le nom de l'entité, V'Ger ; on se demande bien comment la machine, qui ne va pas lire son nom sur son propre corps, peut induire en erreur l'équipage quant à sa véritable identité. Cette erreur fait partie, elle aussi, de l'histoire peu commune de premier Star Trek cinématographique...